CRETE
LE LAC DE KOURNAS

Récit de Freddy Tondeur
Au cours de l'été 1966, je terminais le tournage du film "Crète, île des Dieux" avec Claude Jannel.
En transit à Georgioupolis et toujours à l'affût de plongées insolites, nous décidons de prospecter le lac de Kournas.

L'île de Crète, au coeur de la Méditerranée orientale possède trois gouffres semblables à la Fontaine de Vaucluse.
L'un forme l'arrière port d'Aghios-Nikolaos, l'autre se situe près d'Héraklion, tandis que celui que nous allons visiter aujourd'hui
est à mis chemin entre La Canée et Réthymnon: le lac de Kournas.
Issues des profondeurs de la terre, ses eaux sont de cristal.

Le fond est tapissé de longues algues qui montent vers la surface.
Des sources innombrables les font danser dans une lumière verte.

Des crabes d'eau douce, gros comme le poing, se disputent quelque nourriture
et d'autres font de l'acrobatie dans la végétation. De très nombreuses anguilles
se faufilent d'un massif à l'autre, puis font demi-tour pour nous observer.
Bardé d'appareil, Claude Jannel prend photos sur photos et, de mon côté, je filme.
Un quart d'heure plus tard, ma caméra est vide. Pour faire le plein de pellicule,
il me faut ouvrir la boîte étanche avec une clé spéciale que j'ai oublié dans la voiture,
laquelle se trouve sur la route carrossable à deux kilomètres de là.
Selon les règles de la plongée, j'avertis mon compagnon de mon absence.
Cela évite à l'autre de croire que vous avez disparu sous les eaux et le dispense
de rechercher votre supposé cadavre.
Lorsque, une heure plus tard, je regagne les rives, le décor a complètement changé.
Le niveau des eaux a baissé de plusieurs mètres et j'aperçois Jannel qui se débat,à moitié noyé,
hoquetant, au milieu des algues qui l'empêtrent.
Je me précipite et l'aide à sortir, non sans mal. Il est à bout de force.
Il m'explique alors que, peu après mon départ, un courant s'est fait sentir.
La profondeur des eaux s'est mise à diminuer à vue d'oeil et il s'est très vite
retrouvé à fleur d'algue, proprement piégé dans la broussaille immergée.
C'est une des situations les plus redoutables pour un plongeur:
englués dans les tiges souples, les bras et les jambes ne peuvent plus se mouvoir.
On est pris comme dans un filet, et bientôt épuisé, à court d'air, c'est la noyade.
Explication: tous les deux ou trois jours, un fonctionnaire vient ouvrir les vannes
pour nettoyer le canal de fuite (et en profite pour relever une douzaine de nasses
de grillage chargées de poissons et autres anguilles). Comme les Crétois ne se baignent
jamais dans ce lac de retenu, il ne pouvait se douter que quelqu'un d'autre s'y risquerait.
Commentaires de Claude Lapeyre:
Ce lac est alimenté par le fond, par des rivières souterraines venues des Montagnes Blanches.
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